Rendons ici hommage à ces pionniers de la préhistoire locale que sont notamment Adrien Guébhard, Casimir Bottin, Paul Goby et ceux qui leur ont emboîté le pas. L'archéologie préhistorique, à la fin du XIX ème siècle, est à l'état embryonnaire. L’œuvre de Darwin "L'origine des espèces" est toute récente ainsi que l'acceptation d'une idée de la terre très ancienne par la communauté scientifique. Les observations de ces préhistoriens précurseurs sont souvent pertinentes alors qu'ils ne disposent d'aucun appareil technologique permettant une analyse des vestiges.

Ce sont les premiers à esquisser une méthodologie de fouille en mettant en évidence une stratigraphie sur certains mégalithes (dolmen des Puades, Bourguignat, grotte Lombard, Bottin). Ces pionniers de l'archéologie scientifique ont été bien plus que de simples chercheurs dans le domaine de l'archéologie. Leur polyvalence et leur maîtrise des sciences naturelles les ont élevés au rang de naturalistes accomplis, capables de reconstituer le passé à partir d'une variété de perspectives. Leur exemple nous rappelle l'importance de l'approche transdisciplinaire dans la recherche scientifique, en particulier dans des domaines aussi complexes que l'étude de la préhistoire.


 Casimir Bottin (1842-1918)

Casimir Vincent Bottin est né à la Roquette Saint-Martin du Var le 10 mai 1842. Fils aîné d'Honoré Bottin et d'Alexandrine Steve qui mourut peu d'années après la naissance de Dieudonné Bottin, frère cadet de Casimir. En 1861, âgé de 19 ans, Casimir rentre dans l'administration des postes comme facteur boîtier à Utelle, puis à Vallauris, pour être nommé ensuite à Saint-Vallier de Thiey à 27 ans, en 1869.
Peu de temps après cette nomination, il se marie avec Honorine Barucchi et de cette union naquit deux filles, Marie-Louise en 1873 et Marguerite en 1875. Disposant de plus de temps libre du fait de ces nouvelles fonctions, il laissait parfois la garde du bureau de poste à sa femme et ses filles et pouvaient ainsi parcourir et prospecter le territoire.  C'est ainsi qu'apparaissent les premières traces de son intérêt pour la préhistoire locale et l'archéologie. Il fouille un premier dolmen, celui de la Verdoline, en 1872 (tumulus des Verdolines), le dolmen d'Arboins (tumulus d'Arboins) en 1873, puis la grotte Lombard. Il est alors patronné par Émile Rivière, un autre préhistorien local, plus expérimenté, qui lui enseigne les techniques de fouille, lui prodigue des conseils, et lui dertermine le matériel trouvé en échange d'informations sur les sites fouillés.

En 1872, âgé de 30 ans, il est reçu comme membre de la Société des Sciences Naturelles, Lettres et Beaux-Arts de Cannes et de l'arrondissement de Grasse pui s adhère ensuite à la Société des Lettres, Sciences et Arts des Alpes-Maritimes.
Vingt années s'écoulent à Saint-Vallier au cours desquelles les fouilles se succèdent à un rythme très rapide. Entre 1875-1880, les dolmens de Saint-Cézaire, des Clappiers, du Pas de la Faye, la tombe de la Colette (Escragnolles). Vers 1882, la grotte Lombard, vers 1883-1884 le dolmen de la Parra et neuf tumuli. Vers 1886, neuf autres tombes à Saint-Vallier et sept tumuli à Cannaux. Il en rend compte dans des articles des Annales de la Société des Lettres, Sciences et Arts des Alpes-Matritimes. 
Parallèlement, à la suite de fouilles clandestines, il essaye de se faire réserver par le maire et le sous-préfet de Grasse l'exclusivité des fouilles dans la région de Saint-Vallier "dans l'intérêt de la science". Son activité scientifique lui permettait d'entretenir des relations avec d'autres chercheurs : E. Desort de Nice, Picketty de Suisse, Chiris son collègue des postes d'Escragnolles puis de Draguignan, des des personnalités scientifiques comme Émile Rivière et Adrien Guébhard.

 Vers 1890, alors qu'il commence à acquérir une certaine notoriété à Saint-Vallier, Casimir Bottin éprouve le besoin de changer de région. Les raisons de cette motivation soudaine sont mal connues. Il évoque dans une lettre concernant sa demande de mutation des "chagrins de famille".  Sa demande finie par aboutir et il se retrouve nommé à Ollioules comme receveur des postes à l'âge de 48 ans.

Il effectue alors des recherches dans la région toulonnaise, il découvre le "camps de la Courtine" d'Ollioules, les sites de Lagoubran, Evenos, Sainte-Barbe, La Clavelle (Le Garou), Saint-Roch, Faverolles, et Saint-Estève. Il effectue d'importantes fouilles sur ce dernier site dégageant la chapelle et des vestiges bâtis et recueillant un important matériel paléochrétien. Durant ces années, il découvre et fouille la plupart des grottes du Destel, mettant au jour, entres autres, six sépultures à inhumation (peut-être néolithiques). Il devient membre correspondant de la Société d’Études Scientifique de Draguignan et dès 1894 membre titulaire de l'académie du Var.

A cinquante quatre ans, en 1896, lorsque Casimir Bottin part à la retraite, il est une personnalité connue notamment dans le monde des sociétés savantes de la région. Vers les années 1900, il est moins présent sur le terrain et consacre plus de temps à la publication d'articles, parfois de fouilles effectuées depuis longtemps. Des échanges de courriers se multiplient avec Adrien Guébhard et Paul Goby pendant cette période.

Fort connu a Ollioules, où la population lui signale les découvertes fortuites, il passe les années 1905 à 1908 à recenser les sites qu'il a découvert et a prospecter la région d'Ollioules au cous de "promenades archéologiques". Le résultat de ses recherches paraissent dans son dernier article écrit en collaboration avec Louis Baonnaud et paru en 1909 : " Les villages gallo-romains situés à l'ouest de Toulon".  Il décède le 24 juillet 1918 à Ollioules, à l'âge de soixante-seize ans des suites d'une longue maladie.

[texte d'après J-P Brun « Casimir Bottin, pionnier de l'archéologie varoise», Ann. Soc. Sc. Nat. et d'Arch. de Toulon et du Var - N°36 - 1984]

(Photo ci-contre, Casimir Bottin au dolmen des Puades à Saint-Cézaire sur Siagne)

Bibliographie :


- Les Villages gallo-romains situés à l'ouest de Toulon, sur le terroir des communes d'Ollioules, Evenos, Sanary et Six-Fours / Bonnaud,  Bottin Casimir, Bulletin de l'Académie du Var -  1910
- Etude historique sur les meules gallo-romaines, poteries, etc. : découvertes aux environs du rocher de l'Aigle (commune du Beausset) / Bottin Casimir, 1906 
- Découverte de quelques grottes avec trois squelettes humains de la période néolithique dansans le torrent du Desteou, gorges d'Ollioules (Evenos) / Bottin Casimir - 1902 
- Découverte de quelques grottes et d'une pierre christianisée dans les gorges d'Ollioules (commune d'Evenos) / Bottin Casimir, Bulletin de l'Académie du Var, 1899 
- Découverte et fouille de neuf tombes aux environs de Saint Vallier de Thiey (Alpes-Maritimes) / Bottin, C,  Annales de la Société des lettres, sciences et arts des Alpes Maritimes, 1899
- Canneaux / Bottin Casimir, Bulletin de l'Académie du Var, 1897
- Ruines des gorges d'Ollioules (terroir de la commune d'Evenos) /Bottin Casimir, Bulletin de l'Académie du Var, 1896
- Mémoire sur le camp celto-ligure et romain de La Courtine, suivi de la description de quelques stations romaines avec notes monographiques et étymologiques sur Ollioules / Bottin Casimir, 1892
- Les Monuments mégalithiques des environs de Saint Vallier / Bottin Casimir, Le Commerce, 1886
- Mémoire sur dix tombes de l'époque préhistorique à Saint Vallier / Bottin Casimir - 1886
- Mémoire sur neuf tumuli de la période Néolithique / Bottin Casimir, Annales de la Société des Lettres Sciences et Arts des Alpes-Maritimes, T. X, p. 426-445, 1885
- Fouilles à la grotte Lombard / Bottin Casimir, 1884
- Notes sur quelques monuments préhistoriques des Alpes-Maritimes / Bottin Casimir, 1882


Adrien Guébhard au dolmen de la Verdoline à Saint-Vallier de Thiey en 1897
(Fonds Luce / Archives Départementales des A.-M.)



Adrien Guébhard (1849-1924)

Originaire de Neuchâtel, professeur agrégé de physique à la Faculté de médecine de Paris, géologue et préhistorien.

Adrien Guébhard est né à Avignon le 6 janvier 1849, de parents originaires de la vieille bourgeoisie neuchâteloise. Jusqu’en 1865, la famille Guébhard avec ses deux enfants s’installe à Nice. Afin de perfectionner leurs études, les parents décident de se fixer à Paris et de les inscrire au Lycée Charlemagne. Adrien est reçu bachelier ès lettres en 1866 et bachelier ès sciences l’année suivante. Vient ensuite l’université de Zurich avec une licence ès sciences physiques en 1875, puis retour à Paris pour le doctorat en médecine en 1878 et l’agrégation de physique en 1883. Il épouse une femme remarquable SEVERINE, à la fois femme de lettres et journaliste de renom.
Il passe par hasard quelques semaines de vacances à Saint-Vallier. Il est immédiatement attiré par le contexte géologique particulièrement complexe de la région. Passionné par le sujet, il s’installe à Saint-Vallier pour 30 ans. Il explore toutes les Préalpes Maritimes, en dresse minutieusement la carte géologique, relève également les sites préhistoriques et publie une quantité impressionnante d’articles, notes, monographies, communications, dont 165 d’ordre géologique et 40 sur la préhistoire. Il meurt à Pierrefonds le 28 mai
1924. Son fils et Séverine le suivront 5 ans plus tard. Le 25 juin 1917, le conseil municipal attribue le nom de Rue Adrien Guébhard à la rue entre la place de la Rouguière et la place de l’Apié. Une plaque commémorative, scellée sur la façade de la maison où il vécut à Saint-Vallier, rappelle sa mémoire. Elle fut posée le 18 mai 1963 lors d’une réunion géologique.

[texte d'après Daniel THIERY citant BODARD Pierre. « Les Pionniers de la Préhistoire en pays Grassois », Soc. Sc. Lett. Cannes et Grasse, t. XXII, p. 104-112.]


Il est l'un des fondateurs de la Société Préhistorique de France. Il mis en place la "commission des Enceintes" au sein de la Société Préhistorique Française, dont le but était l'étude des "castellars" ou forteresses, structures de pierres sèches édifiées depuis "la préhistoire finissante" jusqu'au haut moyen-age. Ses travaux lui permirent de r