L’abri A des Eissartènes est un monument de l’art pictural néolithique provençal. On doit l’étude approfondie de ce mode d’expression à l’archéologue et anthropologue Philippe Hameau. Il a publié en 1995 un ouvrage passant en revue tous les sites alors connus et en a proposé une interprétation.

L’abri A est un auvent largement ouvert au sud (photos 1 et 2). La paroi a préalablement été apprêtée avec un badigeon d’ocre orangé (3 et 4). Elle a ensuite été ornée, probablement en plusieurs phases, de dessins allant de l’orange au carmin composés d’ocre, d’hématite et de bauxite. Le support est très dégradé, principalement écaillé du fait de son ancienneté, des aléas climatiques (gel) ou de diverses interventions anthropiques. Il s’y rajoute des graffitis plus ou moins récents. 

Ici, le registre est très différent de celui des chefs-d’œuvre du Paléolithique de Lascaux, Chauvet ou Cosquer, paradoxalement beaucoup plus anciens. Il ne s’agit pas de représentations virtuoses et majestueuses mais plutôt de tracés simplifiés dont la signification exacte nous échappe en majeure partie. On parle de peintures post-glaciaires (aspect chronologique) ou symboliques (graphisme et fonction).
Philippe Hameau a pu classer les motifs les plus fréquents. En regroupant tous les sites, il a suivi l’évolution graphique de cinq catégories principales depuis une représentation réaliste jusqu’à une forme schématique, voire abstraite. Elles sont toutes présentes à l’abri A.
Trois sont des « être vivants ». Ils sont souvent associés par deux du même type, fréquemment opposés par la taille ou un renversement:  
- le personnage masculin : (5) en haut à droite, (6) homme en «phi».
- le quadrupède : (5) en bas à gauche, (7) bois visible au centre, (8) la figure centrale ressemblant à un bouquetin est contestée, (9) idem vue DStretch.
- l’idole :  (10) ici schématisée par un simple U hérissé de points représentant son attribut principal, le collier.
Les deux derniers sont souvent associés aux trois précédents :
- la ligne brisée : (11)
- le signe soléiforme (absent dans sa version de base dans cet abri): il peut être décliné en simples points isolés ou (5) alignés comme ici superposés au corps du cervidé ou à un motif rectangulaire (12).
Il existe donc pour chaque thème plusieurs déclinaisons / simplifications.
Enfin on trouve des tracés rares comme un quadrillage (13) ou un élément serpentiforme (12).
On ne peut pas qualifier d’écriture ces signes mais ils peuvent en évoquer quelques prémices. Il est très probable que les dessins schématisés avaient une signification précise pour la population de l’époque ou une partie d’entre elle, les individus initiés (ayant effectué un passage d’un statut à un autre dans la société).

La datation directe des peintures n’est pas actuellement possible. Le contexte permet de les situer antérieurement à 2200 ans avant notre ère.  

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Photo 1 (Brieuc Fertard) : L'auvent des Eissartènes 


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Photo 2 (Brieuc Fertard) : Vue aérienne de l'abri A

 

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Photo 3 (Brieuc Fertard) : Disposition des signes sur la paroi

 

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Photo 4 (Brieuc Fertard) : Autre panneau

 

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Photo 5 (Brieuc Fertard) : Personnages masculins en haut à droite, cervidé associé à des ponctuations  en bas à gauche

 

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Photo 6 (Brieuc Fertard) : "Homme en phi" en haut, schématisation d'un personnage masculin

 

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Photo 7 (Brieuc Fertard) : Cervidé représenté par ses bois

 

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Photo 8 (Brieuc Fertard) : Figure énigmatique au centre parfois considérée comme représentant un bouquetin

 

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Photo 9 (Brieuc Fertard) : Même vue que la photo 8, retravaillée à l'aide du logiciel DStretch dont la fonction est de mettre en évidence de faibles écarts de tonalité

 

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Photo 10 (Brieuc Fertard) : Représentation schématique de l'Idole réduite à l'un ses principaux attributs, le collier

 

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Photo 11 (Brieuc Fertard) : La ligne brisée, un des cinq motifs récurrents de la peinture symbolique provençale

 

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Photo 12 (Brieuc Fertard) : Le signe soléiforme ici simplifié à l'aide de lignes de points. Au dessus, à sa droite, un tracé serpentiforme

 

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Photo 13 (Brieuc Fertard) : Quadrillage contenant des points dans cetaines cases

 

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Figure 14 (Philippe Hameau)

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